Introduction

Vous êtes-vous déjà retrouvé “paralysé” lors de la phase de conception de l’un de vos projets, que ce soit au travail (eg. projet informatique) ou à la maison (eg. projet de bricolage) ? Vous êtes-vous déjà entendu dire ce genre de choses :

Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure façon de faire…

Je dois faire plus de recherche…

C’est vraiment complexe, je ne sais pas par quel bout m’y prendre…

Je n’ai pas encore envisagé toutes les options, j’ai peur de ne pas y arriver…

Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul.

En tant que développeur nous sommes fréquemment confronté à des problématiques complexes et à devoir choisir des solutions efficaces.

Quoi faire ? Comment le faire ? …

Paralysie d’analyse

La paralysie d’analyse se produit quand on sur-analyse les choses et quand on ne parvient plus à prendre de décisions parce qu’on craint de faire le mauvais choix.

On reste coincé dans une phase de recherche et de réflexion même si on dispose déjà d’informations suffisantes pour faire le bon choix : on continue de lire toujours plus de livres, on demande toujours plus de conseils, etc…

Un trop grand nombre d’options peut également être la source de cette situation.

Selon les psychologues, la cause première de la paralysie de l’analyse est l’anxiété. Nous craignons de choisir la mauvaise option.

On retrouve ce principe dans les écrits dès le VIIème siècle av. J.-C. dans la fable d’Esope “Le chat et le renard” reprise plus tard par Jean de la Fontaine. Et Montesquieu de dire plusieurs siècles plus tard :

Le mieux est le mortel ennemi du bien.
— Montesquieu

Le paradoxe du choix

Dans son livre, le psychologue Barry Schwartz s’attaque à une pierre angulaire des sociétés occidentales : la liberté de choix. Il y explique comment l’abondance de choix, fierté de nos démocraties, … tue le choix.

The Paradox of Choice – Barry Schartz

Learning to choose is hard. Learning to choose well is harder. And learning to choose well in a world of unlimited possibilities is harder still, perhaps too hard.

— Barry Schwartz, The Paradox of Choice

Vous pouvez également regarder son talk lors du Ted Talk de 2005.

Le paradoxe du choix — Barry Schwartz

Il explique également comment celui-ci peut nous rendre malheureux. Barry Schwartz distingue notamment 2 types de personne : les satisficers et les maximizers

Quand il s’agit de prendre des décisions, les satisficers se contentent de l’option la plus satisfaisante à leurs yeux, c’est-à-dire qu’ils choisissent celle qu’ils jugent “assez bonne”. Les maximizers, eux, à l’inverse cherchent à prendre la décision parfaite. Un choix “assez bon” ne leur suffit pas. Ils ont besoin de savoir qu’ils ont exploré toutes les options avant de faire leur choix : ce qui va souvent les mener à la paralysie. 

Ce que l’étude conclut c’est que les maximizers parviennent certes à faire de meilleurs choix mais que les satisficers eux sont plus heureux.

Faire les meilleurs choix n’est donc pas toujours synonyme de bonheur, cela peut aussi nous exposer à la paralysie de l’analyse. 

Conception logicielle

Au fur et à mesure des années le nombre de programme informatique a explosé. Le nombre de langages, de librairies, de frameworks et de patterns aussi.

Nous nous trouvons avec plus d’options que celles dont disposaient les générations de développeurs précédentes. Bien qu’à première vue nous sommes plus susceptibles de trouver une option qui correspond à nos désirs et besoins particuliers, nous pouvons vite être dépassés face à la profusion d’options à laquelle nous faisons face.

S’il est facile de choisir l’option A s’il n’y a qu’une option B, il devient beaucoup plus difficile d’évaluer la valeur et l’utilité de A lorsqu’il existe des options A-Z. En conséquence, nous rencontrons une surcharge de choix et devenons plus insatisfaits du choix que nous faisons finalement.

Problèmes de décision, insatisfaction des choix voir syndrome de l’imposteur

Comment surmonter

Voici une liste non-exhaustive d’astuces pour éviter cette paralysie.

Soyez agile

Soyez agile et adoptez une approche itérative.

Le livre Agile Proprement de Robert C. Martin vous propose nombre d’information afin d’aller dans le bon sens.

Agile Proprement
Agile Proprement – Robert C. Martin

La règle des 40/70

Ou “reconnaître que les lunes ne s’aligneront jamais”.

Peu importe la quantité d’informations dont vous disposez, il y en aura toujours plus. Les décisions ne seront donc jamais optimales pour cette simple et bonne raison.

A la fin de la Première Guerre du Golfe, Colin Powell a partagé son expérience du leadership à travers 18 enseignements formulés simplement mais qui reflétaient toute la complexité de la prise de décision en général et de la posture de leader en particulier. La règle des 40/70 est l’une d’entre elle.

Pour faire simple, la formule 40-70 signifie que nous ne devons pas prendre de décision lorsque les informations dont nous disposons nous donnent moins de 40% de chances de succès. Mais il ne faut pas attendre d’avoir plus de 70% de chances de succès pour faire un choix, car il sera souvent déjà trop tard.

Définissez des limites

Apprenez à aimer les contraintes et créez-vous en : échéance, temps, personnes, argent, ressources… qui correspondent à ce que vous est prêt à mettre en œuvre pour votre projet.

  • Fixez-vous des deadlines ;
  • Limitez votre collecte d’information en freinant votre curiosité et en limitant intentionnellement la quantité d’informations

Parlez

Que ce soit à votre canard en plastique, à une personne physique ou dans un groupe, confronter vos idées et obtenez d’autres points de vue.

Parler et échanger pourra très certainement vous aider. Faîtes tout de même attention à la pensée de groupe.

Engagez-vous publiquement

Suite logique au précédent paragraphe, s’engager publiquement.

Sans forte motivation il est toujours possible de tergiverser. Si vous vous engagez publiquement, vous allez vous retrouver face à un publique en attente. On se sent alors comme obligé d’agir et de faire un choix.

Choisissez quand choisir

Identifiez les choix qui comptent vraiment pour vous et concentrez votre temps et votre énergie sur ces opportunités.

Limitez le nombre d’options que vous vous offrez et réduisez le temps et l’énergie que vous investissez dans la prise de décisions moins importantes.

Retardez les prises de décisions qui peuvent l’être le plus longtemps possible. Entre temps soit la décision n’aura plus de sens, soit vous aurez cumulé suffisamment d’informations pour prendre une décision plus facilement.

Donner trop d’options aux gens est au cœur du paradoxe du choix. Evitez tout cela à tout prix.

Conclusion

Le syndrome de la page blanche n’est pas réservé qu’aux écrivains. La paralysie de conception peut survenir au moment où on l’attend le moins. Et surtout sachez que vous n’êtes pas seul dans ce cas.

Respirez un grand coup. Relisez cet article et les liens connexes. Faîtes quelques recherches sur le web (de très nombreux articles ont été écrit sur le sujet), …

Ça y est, vous êtes débloqué 😉